Samedi 17 octobre

Départ matinal de Toulouse-Blagnac pour Lyon Saint-Exupéry en 40 minutes vol. Location d'une Ford Fiesta à mazout et départ vers la vallée de l'Ain avec une température fraîche pour la saison : 4°C.

100_5294Premier arrêt à Corveissiat, à proximité de la vallée de l'Ain, le long de la RD936. Le village est bâti au dessus d'une reculée, configuration géologique typique du massif jurassien d'origine glacière et hydrologique. Et comme souvent, au fond de la reculée, un cours d'eau sort de la paroi rocheuse : il s'agit soit d'une exsurgence, soit d'une résurgence.

L'exsurgence est le point de sortie des eaux d'inflitration, sans qu'un premier réseau superficiel (i.e. à l'air libre) n'ait existé auparavant. La résurgence est la sortie à l'air libre d'un écoulement souterrain qui circulait préalablement superficiellement. L'Ain (la rivière) présente typiquement les deux cas :
- exsurgence au niveau de sa source (ou plutôt ses sources, cf. journée de dimanche), qui est la sortie à l'air libre des infiltrations de l'eau de pluie dans les plateaux qui dominent les sources.
- résurgence après les pertes de l'Ain, où la rivière disparaît dans le sous-sol avant de réapparaître à l'air libre plus loin.

100_5296Pour revenir à Corveissiat, belle reculée, encore dans la brume en cette matinée et petite grotte d'où sort un filet d'eau. En effet, le déficit en eau de la région est important en cé début d'automne et les cours d'eau n'ont pas de forts débits. Ce sera une constante pendant le séjour. Le ruisseau de la Balme rejoint l'Ain environ 1km plus bas.

Depuis le parking sur la RD936 à la sortie du village, il faut 15 minutes A/R pour accéder à la grotte, fermée par une grille. On peut également faire une boucle de 2,5 km au pied de la reculée.

A noter que le massif du Jura n'a pas l'exclusivité de ces résurgences puisqu'on en trouve aussi par exemple dans le département du Lot avec l'Ouisse, un affluent de la Dordogne.

 

 

100_5301Je reprends la route qui mène à la vallée de l'Ain. La rivière s'écoule entre les hautes parois calcaires. Passage par Thoirette où je continue tout droit (pas de franchissement de l'Ain) sur la RD109 en direction d'Arinthod, puis immédiatement à droite la RD60 qui mène à Coisia. Passage dans le village en empruntant la RD60E et là, sur le bord de la route qui grimpe à flanc de montagne, dans la paroi rocheuse mise à nu lors de l'élargissement de la route, des traces de dinosaures !! Et oui, ces chers sauriens vivaient ici à une autre époque, sous un autre climat, plus chaud. Les dinosaures ont laissé leurs empreintes sur les bords de lagune : les sédiments ont comblé les empreintes au fil du temps et elles ont fossilisé.

100_5327Petit saut dans l'espace et je me retrouve au belvédère d'une célèbre reculée, peut-être la plus célèbre : celle de Baume-les-Messieurs à une quinzaine de kilomètre de la préfecture jurassienne. Le village est célèbre pour son abbaye d'où sont partis quelques moines pour fonder Cluny au Xè siècle.

La reculée présente de belles couleurs d'automne, qui iront en s'amplifiant d'ici la mi-novembre. Le belvédère est à 500 m d'altitude, le fond de la reculée à 375 m et le village à 300 m. Un petit chemin permet de descendre au fond de la reculée depuis le belvédère : on accède ainsi à la grotte d'où sort le Dard qui rejoint la Seille un peu plus loin. On peut également admire la cascade de tuf de ce petit ruisseau. A noter une boucle pour les marcheurs qui longe la reculée en haut puis en bas en passant par le village puis le belvédère.

Autres vues de la reculée depuis le belvédère : bien verte sous le soleil estival, toute grise ou toute blanche en hiver.

Baume_ete

Baume_neige

024 

 

100_5326En suivant la Seille, on arrive au pied de Château-Chalon, village typique du vignoble jurassien qui produit des produits relativement méconnus : du vin blanc, rosé et rouge avec un goût de terroir comme on dit, le macvin - un apéritif à base de marc et de jus de raisin qui se déguste avec du comté et des noix -, le vin de paille - un vin doux dont les grains sont séchés sur de la paille avant d'être pressés, le crémant du jura (qui vaut largement un champagne basique) et le vin jaune au goût particulier, dont les meilleurs millésimes donnent droit à l'appellation "Château Chalon".

Là encore, quelques vues à différentes époques du vignoble sur les flancs du coteau surplombé par le village.

vignoble_ete  vignoble_hiver

La journée se termine par le passage sur le deuxième plateau jurassien, qui se trouve sur la rive gauche de l'Ain. Si l'altitude du premier plateau est d'environ 500 m, celle du deuxième est proche de 800m et les températures s'en ressentent. Point d'orgue de ce second plateau (à mon goût), le lac de Bonlieu.

100_5332C'est un lac d'origine glaciaire, bordé d'un côté par une haute paroi rocheuse, ici cachée par les nuages., et entouré de résineux et de feuillus que l'automne a commencé à empourprer.

C'est un lieu paisible à toute saison : ses rives sont fraîches en été et le lac est gelé en hiver.

La nuit arrive et je file vers Bellefontaine, où un soirée étape m'attend : au menu la fameuse boîte chaude franc-comtoise avec du Mont-D'or chaud dans sa boîte cylindrique en épicéa, des pommes de terre en robe des champs, une assiette de charcuterie et une salade verte. Le tout accompagné d'un verre de Chardonnay. En dessert, une crème brûlée.

Hôtel : la demi-pension à 42,5 €. rapport qualité prix excellent et un aubergiste fort sympathique.

 

Dimanche 18 octobre

100_5336J'ouvre les volets au petit matin et (demi) surprise : une fine couche de neige recouvre le village de Bellefontaine. Ce ne doit pas être tous les 18 octobre que la neige fait son apparition à cette altitude (1 100 m).

Afin de profiter de ces paysages enneigés, je décide d'aller faire une petite marche matinale. Au programme, une boucle d'une grosse heure à proximité du lac de Bellefontaine. Pour rejoindre le "départ" depuis Bellefontaine, il faut emprunter la RD 18 en direction de Chapelle-des-bois, puis tourner à droite sur une petite route (indication "sur les Lacs") qui emprunte le tracé de la GTJ (grande traversée du Jura). Je me suis garé face au lac et à un chemin qui grimpe.

100_5338Le sentier est bien identifié : montée dans la forêt avec des traces probables de chat sauvage dans la neige fraîche. Le chemin arrive sur la crête peu prononcée où il récupère le GR5. La crête est boisée et enneigé, comme en plein hiver. Je suis en plein dans la forêt du Risoux et tout proche de la Suisse. J'arrive au belvédère de la Roche Bernard à 1290 m d'altitude, aménagé pour profiter de la vue dégager sur le val couvert par une fine couche de neige.

 

100_5341Au premier plan, le lac des Mortes à droite et celui de Bellefontaine à gauche (photo ci-contre). En arrière plan, la forêt du Mont Noir.

A proximité du belvédère, le chemin se divise en trois : direction l'est et Bois-d'Amont, le nord en suivant le GR5, l'ouest pour redescendre vers les lacs et le tracé de la GTJ.

 

100_5344Passage par la fromagerie de Morbier qui fabrique le fameux Morbier, fromage AOC depuis 2000 (devenu AOP depuis 2002),  typique avec sa raie noire horizontale séparant la pâte en deux. A l'origine, le lait de la traite du matin était recouvert d'une fine couche de cendres pour préserver le lait. Le lait de la traite du soir venait se rajouter dessus. Aujourd'hui, la cendre est remplacée par une ligne de charbon végétal (cf. site officiel de ce fromage).

 

 

100_5349Du village de Morbier, départ pour les sources de l'Ain via la RN5 et Saint-Laurent-en-Grandvaux puis la RD437 vers Foncine-le-bas, puis la RD127 vers les Planches-en-montagne, et enfin la RD17 : Grand-Chalesme, Bief-des-maisons et Gillois. Ce dernier village a été l'occasion d'une pause pour prendre en photo le beau clocher comtois (ci-contre).

Les sources de l'Ain sont bien indiquées : elles sont à cheval sur les communes de Nozeroy et de Conte, l'Ain faisant la limite communale. L'Ain, comme la plupart des cours d'eau jurassiens, prend naissance au pied d'une reculée, via une exsurgence des eaux souterraines, infiltrées sur le plateau au dessus. Le plateau est à 800 m d'altitude et la source est à 680 m. Spécificité de l'Ain, la source est en fait un énorme siphon, qui le jour de mon passage était dénoyé.

100_5352

 

 

 

On voit très bien le siphon sur la photo ci-contre, avec le pied de falaise calcaire au fond. Lorque le niveau est suffisant (3 à 4 m de plus que sur la photo), les eaux s'écoulent ensuite librement vers l'aval dans le lit de la rivière, qui se jour là, se trouvait être une agglomération chaotiques de rochers et galets. 500 m après la source, l'Ain est déjà rejoint par la Serpentine dont le débit est contrôlé par un barrage. Un peu plus bas, le long de la petite route qui mène aux sources de l'Ain, un chemin permet de descendre vers le saut des Maillys : une chute naturelle de la rivière. Quelques kilomètres plus loin, on trouve les pertes de l'Ain.

100_5363Des sources de l'Ain, il n'y a qu'un pas de 20 km pour rejoindre celles du Doubs. Après le passage d'un col à 1108 m (!), on change de vallée et de département pour entrer dans la haute-Joux avec le village de Mouthe, connu pour être le plus froid de France. Ce n'est pas pour rien si on appelle ce coin, le petit Canada, ou de manière moins reluisante, la petite Sibérie. Les -30°C sont parfois relevés et le record serait proche des -40°C en janvier 1985.

Comme pour l'Ain, le Doubs sort au pied d'une falaise calcaire, pas via un siphon mais via une petite grotte, moins spectaculaire que celle de la Loue ou que certaines en Ariège. Et il démarre ici un parcours de 450 km qui l'amènera jusqu'à Verdun-sur-le-Doubs où il rejoint la Saône. Je n'ai pas suivi tout ce parcours mais j'ai descendu le Doubs jusqu'à Pontarlier, la capitale du Haut-Doubs et de l'absinthe.

100_5370Passage par le lac de Saint-Point avec le retour d'un ciel bleu azur. Les forêts sur les rives du lac commençaient à prendre les couleurs de l'automne.

Passage également par le barrage manœuvrable à la main régulant le niveau du lac. L'amont du barrage est une réserve de biotope avec de nombreuses roselières poussant dans le lit peu profond du Doubs.

 

100_5379Et avant d'atteindre Pontarlier, un dernier arrêt le long de la RD437 pour admirer le château de Joux et le fort du Larmont éclairés par le soleil du soir : très beau paysage d'automne avec une forêt roussie (les fils électriques gâchent la photo).

Arrivée à Pontarlier en soirée avec un tour de la ville dans les dernières lueurs du soleil : église saint-Bénigne puis porte Saint-Pierre.

 

100_5382     100_5389

Quelques clochers comtois typiques dit à l'impériale.

Lundi 19 octobre

Températures négatives pour démarrer une belle journée ensoleillée. Passage par une boutique de spécialités culinaires comtoises pour acheter des saucisses de Morteau et de Montbéliard. Puis visite du château de Joux qui domine la cluse éponyme. Comme tout château de défense, il est perché sur la hauteur, et au droit d'une cluse, ce qui permet de surveiller le passage. La vue est perçante puisqu'on peut surveiller 4 routes de communication : deux en provenance de Suisse (au sud et à l'est), et deux qui longent le Doubs (au sud-ouest et au nord).

100_5391Le fort est parfaitement intégré dans la montagne : d'un côté des à-pics, et de l'autre, une voie d'accès qui doit franchir quatre murs d'enceintes avant de pénétrer dans la forteresse. 

100_5401Après cette visite, je repars par la RN57 en direction de Jougne.

Passage à proximité des Hôpitaux-vieux et neufs (), puis départ par Métabief. Achat de morbier, comté, bleu de gex et le fameux Mont d'Or (appelé vacherin en Suisse) à la fromagerie du village. Puis montée en voiture vers le Mont d'Or qui est noyé dans le brouillard. Malgré de timides tentatives, le soleil ne percera pas. On peut approcher le bord de falaise sans se rendre compte du précipice qui est derrière (rassurant quand on a le vertige). Un vent froid souffle mais j'avais prévu l'équipement hivernal avec gants et bonnet. Mais la visibilité est trop faible : aussi l'intérêt de rejoindre le Morond à pied est limité. Et il faudrait près d'une heure A/R, temps que je n'ai pas. Ce détour n'était déjà pas prévu mais il valait le coup.

 

100_5406Redescente par la même route, je reprends la RN57 et passe au pied du Morond et du Mont d'Or, toujours dans le brouillard. Passage de la frontière : je suis en Suisse. Je traverse Vallorbe, nœud ferroviaire important, qui reçoit le trafic en provenance de France grâce à un tunnel sous le Mont d'Or. Je rejoins les rives du lac de Joux, qui sont à 1000 m d'altitude ! Je longe ensuite le lac sur sa rive nord, traversant ainsi la verte vallée de Joux, avec sur le versant nord, la forêt du Risoux et la crête frontalière.

La route toute droite dans ce fond de val me ramène en France au droit de Bois-d'Amont. En remontant encore le val, j'arrive aux Rousses, avec son fameux lac où l'on patine l'hiver et son fort où le comté est affiné. Du lac, l'Orbe sort et elle va alimenter le lac de Joux.

100_5413De retour en France, je continue sur feu la RN5 vers le col de la Faucille. Mais avant de l'atteindre, je bifurque vers Mijoux et la vallée de la Valserine, aussi appelée la combe de Mijoux. Elle coule dans le département de l'Ain. ET dans cette combe, on est coincé entre la forêt à l'ouest et la haute chaîne du Jura à l'est qui culmine autour de 1700 m, soit 1000 m au dessus du fond de la combe. Après le tunnel qui passe sous le rocher des hirondelles, j'ai bifurqué à gauche pour monter vers Vernay dessus. La RD991 est à 720 m d'altitude, le parking où la route s'arrête est à 900 m d'altitude. Il me reste 800 m à gravir à pied. Je chausse les chaussures de rando et c'est parti pour un contre-la-montre de folie (j'ai un avion à prendre à Lyon en soirée).

100_5424En un peu plus d'une heure et quart, j'avale les 800 m de dénivelé; croisant un chamois dans la forêt de hêtres. J'arrive au Reculet (avec la croix du sommet et un peu de neige), qui culmine à 1718 m : c'est le deuxième plus haut sommet de la chaîne jurassienne (1720 m pour le Crêt de la neige à 40 mn à pied). De là, le panorama est ex-cep-tion-nel : la crête de la chaîne jurassienne, Genève et le Léman en contrebas, la chaîne des Alpes au dernier plan avec le Mont-Blanc.

100_5420 100_5426