Retour sur les bords du canal du Midi à une époque de l'année où il est peu fréquenté. Après l'avoir parcouru en mode sport en septembre 2008 et mai 2009, voici venu le temps de le parcourir en mode "à la découverte d'un patrimoine arboré qui se meurt".

En effet, depuis 2006, un petit champignon microscopique (Ceratocystis  platani) s'attaque aux platanes du canal : en bloquant les canaux de sève, il fait mourrir les platanes de la maladie du chancre coloré en quelques années. Pour l'histoire, ce champignon fait partie de la longue liste des maladies importées : lors du débarquement des Américains en Provence en 1944, les caisses de munition étaient en bois de platane contaminé mais on l'ignorait. Quand quelques platanes du parc Borély à Marseille sont morts de la maladie avant 1950, on ne s'est pas inquiété outre mesure. Et puis ce sont les alignements de platanes bordants les routes de Provence qui ont été touchés. Ce n'est que dans les années 1970 que la maladie a été identifiée et que des mesures ont été prises, malheureusement insuffisantes. Un très large quart sud-est de la France est aujourd'hui touché.

A l'heure actuelle, la maladie est incurable. Par un arrêté récent (fin 2015) du Ministère de l'Agriculture, des mesures strictes doivent être prises pour tenter d'enrayer la maladie : abattage des arbres contaminés ainsi que leurs proches voisins (rayon de 35 m), selon des procédures sévères de désinfection, de transport et d’incinération.

Le long du canal du Midi, plusieurs facteurs défavorables ont facilité et facilitent encore la propagation de la maladie :

  • les alignements d'arbres sont très majoritairement composés de platanes, plantés au début du XIXè siècle : ce monopole du platane, arbre majestueux, devient un revers fatidique avec cette épidémie
  • la proximité des arbres (corolaire de l'alignement !) avec des racines enchevétrées d'un arbre à l'autre et on sait que le champignon se propage aussi par les racines
  • la fréquentation sur les berges - piéton, cycliste, voitures et engins de service de Voies Navigables de France, véhicules plus ou moins tolérés sur les chemins de halage (engins agricoles notamment) - et sur l'eau (embarcations diverses), avec des risques de blessures des arbres lors des amarages
  • la voie d'eau : même si aucune étude scientifique ne l'a prouvé, on suppose que l'eau est un vecteur facilitant le transport des spores du champignon.

A fin 2016, 17 000 des 42 000 platanes ont été abattus. D'ici un ou deux ans, 50% des platanes auront donc été coupés. Les paysages se transforment : les alignements disparaissent, des trouées plus ou moins significatives prennent la place et petit à petit, de nouvelles plantations voient le jour. Mais il faudra des décennies pour retrouver la voûte arboré des alignements d'arbres hauts de 30 m.

 

Revenons à la sortie vélo de ce dernier jour de l'année 2016, sous la forme d'un petit album photo, avec quelques comparaisons avec les photos de fin d'été de 2008.

Je démarre vers 15h30 de la gare d'Avignonet, petit village bien visible depuis l'autoroute avec ses éoliennes sur le coteau. Par la petite route départementale 80A, je rejoins le canal en moins de 2 km. C'est le dernier tronçon de la piste cyclable bitumée aménagée par le conseil départemental de la Haute-Garonne au début des années 1990. Une dernière ligne droite bitumée et on arrive face à Port-Lauragais où siège une aire de l'autoroute A61.

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La piste perd ensuite son revêtement en bitume : le chemin de halage en terre passe sous l'autoroute, puis sous la voie ferrée de la ligne Toulouse-Narbonne.

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Après la voie ferrée, on entre dans le département de l'Aude.

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J'arrive rapidement à l'écluse de l'Océan, dernière écluse (ou première suivant le sens de circulation) qui ferme le bief de partage des eaux (photo du même lieu en septembre 2008).

La vue en amont du pont de l'écluse

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La vue de l'écluse vers le bief de partage

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 Le bief de partage est alimenté par la rigole de plaine (ou le réservoir de la Ganguise par pompage) qui serpente dans le Lauragais. Ci-dessous le canal à gauche et l'ancien bras du canal à droite par où les eaux d'alimentation arrivent.

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Long de 5 km, le bief présente en son milieu le port du Ségala sur la commune de Labastide d'Anjou.

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Le tracé est ensuite relativement rectiligne sans être une longue ligne droite. En dehors du bief de partage dont le chemin de halage a été refait depuis mon passage il y a 7 ans mais reste en terre, le reste n'a pas changé : un chemin "blanc" très agréable et praticable à VTT ou VTC, voire en vélo de route pour les plus téméraires.

La fin du bief de partage avec l'écluse de la Méditerranée à l'arrière-plan.

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A cette époque de l'année et à cette heure de la journée, la lumière rasante du soleil offre de beaux paysages. L'absence de feuilles permet non seulement d'avoir une vision assez lointaine mais aussi de voir plus facilement les paysages sur les deux rives, essentiellement agricoles.

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Avant Castelnaudary, c'est même une petite route qui fait office de chemin de halage. A Castelnaudary, le soleil se couche à l'horizon et il m'a fallu presque 2h avec de très nombreuses micro-pauses photo pour parcourir ces 16 km jusqu'à la passerelle.

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J'aborde le retour en sens inverse, jusqu'au port du Ségala où je mets les équipements de nuit avant de rejoindre par la route Avignonet-Lauragais : une petite heure pour faire ce trajet retour.

En conclusion, une première sortie hivernale le long du canal sur une portion aujourd'hui très préservée par la maladie du chancre. Hormis une courte trouée bien visible en amont de Castelnauday, les abattages sont très discrets sur ce secteur.