En cette période estivale, la recherche de lieux conjuguant la pratique du vélo et des températures supportables amène tout droit vers la Montagne Noire, dernier contrefort au sud-ouest du Massif Central, dominant la plaine du Lauraguais sur son versant sud. Et c'est même un haut lieu de l'histoire hydrographique liée à une infrastructure de transport fluvial qui s'est joué sur les pentes du versant sud de ce massif : l'alimentation en eau du canal du midi. Quel beau projet que de relier la Garonne (et donc l'Atlantique) à la Méditerranée par une voie d'eau ! Mais que de tracas pour trouver l'eau nécessaire à l'alimentation du canal à son bief de partage. Passons sur tous les projets, les tracés envisagés qui se heurtaient toujours à cette alimentation du bief de partage. Un homme du terroir trouva la solution au milieu du XVIIè siècle : Pierre-Paul Riquet. Il connaissait bien la Montagne Noire, il savait qu'il y pleuvait beaucoup (localement jusqu'au double des cumuls en plaine). Il eut donc l'idée de créer deux rigoles :

- la rigole de la montagne, qui serpente à flanc de versant et qui capte les eaux qui y ruissellent, directement ou via de multiples petits ruisseaux : l'Alzeau, la Bernassonne, le Lampy, le Rieutort pour les plus importants. Les eaux collectées dans la rigole étaient déversées dans le Sor au niveau du lieu dit "Le Conquet" (commune de xx) après un parcours de 16 km environ. Cette rigole de la montagne reprend le principe du détournement d'eau d'un bassin versant vers un autre, largement utilisé par les Romains avec leurs acqueducs. En effet, tous les ruisseaux interceptés par la rigole de la montagne sont des affluents ou sous-affluents du Fresquel, qui rejoint l'Aude vers Carcassonne. Ces petits ruisseaux sont donc sur le versant méditerranéen de la Montagne Noire. Le Sor est lui un affluent de l'Agoût, aflluent du Tarn. Il est donc sur le versant océanique de la Montagne Noire. L'idée géniale est d'avoir tracé la rigole de la montagne le long des lignes de niveau : elle ne perd que 50 m d'altitude entre son début et sa fin, sur 25 km, soit une pente moyenne de 2 m/km de pente ou 0,2%.

La rigole de la montagne commence au niveau de la prise d'Alzeau, dans la forêt de Ramondens, à proximité du petit village de Lacombe. Un peu en amont, le barrage de la Galaube, construit vers l'an 2000, barre le vallon du cours d'eau. On peut y accéder à vélo en franchissant l'Alzeau et en remontant par un chemin carossé en direction du hameau de la Galaube, ou à pieds en prenant un chemin qui monte et longe l'Alzeau en rive droite.

100_6328La prise d'eau d'Alzeau : tout commence ici pour la rigole de la montagne !

 

100_6331Le barrage de la Galaube vu du pied

 

100_6334La crête du barrage de la Galaube

A noter que vers le milieu du parcours (lorsque la rigole rejoint la RD4), il est possible de rejoindre le bassin du Lampy par un chemin aménagé le long de la rigole qui en descend. La dernière partie de la rigole longe la retenue des Cammazes qui capte les eaux du Sor. Le barrage sert essentiellement à la production d'eau potable.

- la rigole de la plaine, qui démarre à Pont Crouzet, à l'amont de Revel le long de la RD85. Par une prise d'eau sur le Sor, les eaux sont ensuite acheminées par cette rigole à travers le Lauragais jusqu'au seuil de Naurouze, où elles alimentent le bief de partage des eaux du canal. Au quart de son parcours, au lieu dit "Les Thomasses", la rigole croise le Laudot, petit cours d'eau dont le vallon a été barré par un barrage pour créer le bassin de Saint-Ferréol. La rigole peut donc être alimentée aussi par les eaux du Laudot grâce aux vannages du poste des Thaumasses. Elle poursuit ensuite en zigzag jusqu'à Naurouze.

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Prise d'eau à Pont-Crouzet sur le Sor

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Début de la rigole de la plaine après son passage sous la RD85

 

Photo 260La rigole de la plaine à Revel

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Poste des Thaumasses (le Laudot arrive de la droite, la rigole de la gauche)

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Après la mort de Riquet en 1681, Vauban améliorera l'oeuvre du bittérois de naissance en alongeant le linéaire de la rigole depuis "Le Conquet" jusqu'au village des Cammazes et en perçant un tunnel de 120 m de long à ce niveau. L'eau de la rigole de la montagne peut alimenter aussi le Laudot et par la même, améliorer notablement le remplissage du  bassin-réservoir de Saint-Ferréol lors des hautes eaux hivernales et printannières. Le bassin naturel du Laudot fait 8 km² au niveau du barrage. En récupérant les eaux captées par la rigole de la montagne, le bassin versant capté passe à près de 50 km².

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Percée des Cammazes depuis l'amont

Le bassin de Saint-Féréol, sur les hauteurs de Revel, est une retenue dont le volume de 6,7 millions de m3 équivaut à peu près au volume du canal du midi. On comprend mieux l'importance de remplir les eaux de ce barrage plutôt que de les voir partir dans le Sor.

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Ces rigoles fonctionnent toujours aujourd'hui avec quelques améliorations, notamment la percée des Cammazes conçue par Vauban pour alimenter directement le bassin de Saint-Ferréol par la rigole de la montagne.

Les deux rigoles sont classées aujourd'hui dans le domaine public fluvial. A ce titre, elles sont exploitées et entrenues par Voies Navigables de France (VNF). Elles sont longées par un chemin d'entretien fort agréable. Chemin fermé à la circulation mais ouvert aux vélos (VTT, VTC), aux piétons et parfois aux cavaliers.

Le tracé de la rigole de la plaine est scindé en deux parties :

  • la première au départ de Revel sur une piste aménagée et très roulante ;
  • la seconde à partir du lac de Lanclas, moins aménagée et plus piégieuse avec de nombreuses racines d'arbres.

La rigole de la montagne possède un revêtement très correct. Il est très agréable de la parcourir en été : tracé en altitude (600 m) donc moins soumis aux chaleurs de la plaine, un parcours très ombragé et la présence d'eau qui rafraichit l'atmosphère. Ci-dessous la trace au format gpx de la rigole parcouru début juillet 2015 en fin d'après-midi.